dimanche 10 mai 2009

Go figure !



M. Omar Barghouti, diplômé en Electrical Engineering de Columbia University, est inscrit depuis 2004 à l’Université de Tel-Aviv (!), section « Ethique », pour y préparer un PhD[1]. D’un grand intérêt, sous ce rapport, est l’article qu’il a publié dans une revue savante en octobre 2006. D’après le Dr Charlotte Berkowitz, membre de l’association MLA qui édite cette revue, M. Omar Barghouti « non seulement y accuse Israël de crimes particulièrement odieux contre les ‘Palestiniens’ mais surtout estime que la Torah (!) et la Halakha (!) l’autorisent à les commettre »[2].

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M. Omar Barghouti qui, né au Qatar et ayant grandi en Egypte, se veut « Palestinien » et réside à Ramallah depuis 1993 avec son épouse – ses parents, qui vivent en Jordanie, ayant fui une Cisjordanie dans laquelle, à ses dires, ils auraient toujours souhaité retourner – est un des fondateurs de la Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI), qui lutte depuis de nombreuses années contre la politique israélienne d’« apartheid »[3], en appelant urbi (!) et orbi universités, syndicats et institutions culturelles à adopter sa plate-forme « BDS » : Boycott, Divestment and Sanctions contre Israël, « particulièrement après sa criminelle guerre d’agression contre la bande de Gaza occupée (!!) »[4].


– Jusqu’ici, les institutions culturelles et les universités semblent rechigner à se joindre au mouvement, malgré les efforts de nombreux universitaires au Royaume-Uni, de moins nombreux aux Etats-Unis, d’une poignée en France et en Italie, mais plusieurs syndicats, le Congress of South African Trade Unions, le Scottish Trade Union Congress, et le Irish Congress of Trade Unions en font désormais partie[5], tout comme la United Methodist Church américaine[6].


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La grande préoccupation de M. Omar Barghouti avec l’« identité palestinienne » ne date pas d’hier. Dans le cours de ses années d’études à Columbia University, où officiait alors le célèbre orientaliste américain, protestant, d’origine « palestinienne » Edward Said[7], il avait découvert l’existence d’un groupe de danse folklorique désireux de revitaliser la musique et la danse « palestiniennes », la El-Funoun Palestinian Popular Dance Troupe[8]. Troupe « qui n’a aucun agenda politique, avait-t-il déclaré à un journaliste d’ABC News en 1991, à l’occasion d’une tournée de cette compagnie aux Etats-Unis », avant d’ajouter : « Plusieurs danses, rythmées par un roulement de tambour symbolisant la souffrance et le deuil, illustrent les matraquages et la rébellion. Dans une séquence, un danseur nu-pieds vainc son [auto]répression en donnant un coup de pied dans un brodequin de soldat placé au milieu de la scène »[9] …


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M. Omar Barghouti ne limite pas son action à l’Académie ; il a depuis longtemps une perspective tranchée sur l’avenir de sa région, bien différente de celle de la nouvelle présidence des Etats-Unis, du Quai d’Orsay, de la Wilhelmstraße, de Whitehall et de la Commission européenne, de RFI[10] (!) – et d’Edward Said lui-même (!!) . « Bon débarras », écrivait-il dès 2003. « La [ré]solution du conflit israélo-palestinien par [la création de] 2 Etats est enfin morte. Mais il reste encore à délivrer un certificat de décès officiel avant que le cadavre en décomposition soit dûment enterré pour que nous puissions avancer et explorer une alternative plus juste, plus morale et, par conséquent, plus durable pour assurer la coexistence entre les Juifs et les Arabes dans la Palestine mandataire (!) : un seul Etat »[11].

Et encore : « Pour en revenir à la solution des 2 Etats, outre le fait que son temps est passé, elle n’a jamais été une solution morale… Dans le meilleur des cas, si la résolution 242 de l’ONU avait été scrupuleusement appliquée, cela n’aurait concerné l’essentiel des droits légitimes que d’un tiers seulement des Palestiniens sur moins d’un cinquième de leur terre ancestrale. Plus des deux-tiers des Palestiniens, les réfugiés et les citoyens palestiniens (!) d’Israël ont été exclus avec beaucoup d’inconséquence de ce qu’il faut entendre par les Palestiniens. Cette exclusion ne peut que garantir la perpétuation du conflit…

Insistant sur la cohérence éthique, je crois que le moyen le plus moral de parvenir à une paix durable dans l’ancienne terre de Palestine est de créer un Etat démocratique laïque entre la Jordanie et la Méditerranée, fondé sur une humanité équivalente (?) et, conséquemment, sur l’égalité des droits »[12]…


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Interrogé par Naomi Ragen sur son éventuel lien de parenté avec Marwan Barghouti, chef des Brigades des Martyrs Al Aksa, purgeant actuellement 5 peines de prison à perpétuité en israël pour avoir organisé de très nombreux attentats et ‘attentats-suicides’, M. Omar Barghouti, qui appartient effectivement au même clan que le prisonnier, lui a répondu : « Merci de ne pas me recontacter »[13].


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Interrogé par un quotidien israélien sur les raisons qui avaient pu pousser un partisan du boycott des institutions universitaires israéliennes – qu’il défend régulièrement sur de nombreux campus, notamment aux Etats-Unis[14] – à choisir de s’inscrire dans un établissement d’enseignement supérieur « complice d’une politique discriminatoire et colonialiste », M. Omar Barghouti a déclaré : « Mes études à l’université de Tel-Aviv sont une affaire personnelle, et je ne vois pas l’intérêt de [la] commenter »[15]…


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Une campagne est actuellement en cours en Israël pour que l’administration de l’université expulse Barghouti, « en raison de son rôle moteur dans la mouvement BDS... A ce jour, 65 000 personnes auraient signé cette pétition d’extrême droite qui dépeint Barghouti comme ‘‘une voix particulièrement audible et persuasive’’ contre la politique coloniale (!) et raciste (!!) d’Israël… »[16].

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Notes :

[1] Naomi Ragen, « Who is Omar Barghouti ? », 30 octobre 2006, naomiragen.com

[2] [1] Ibid., PMLA (Publications of the Modern Language Association of America), Vol. 121, 5 octobre 2006, section « The Humanities in Human Rights: Critique, Language, Politics ».

[3] OMAR BARGHOUTI, « The Case for Boycotting Israel », Counterpunch, 22 décembre 2004.

[4] PACBI Statement on the McCarthyist Campaign against Omar Barghouti, Occupied (!) Ramallah, 3 May 2009, www.pacbi.org

[5] Id.

[6] Nathan Guttman, « U.S. Methodist Church renews drive for divestment from Israel », Ha’aretz, 29 février 2008.

[7] Edward Said (1935-2003), Professor of English and Comparative Literature à Columbia University, un temps président de la MLA, critique culturaliste, notamment de l’« Orientalisme » (ou « représentation occidentale mythique et biaisée de l’Orient » telle que celle véhiculée, selon E. Said, par l’historien de l’Islam Bernard Lewis), fondateur de la Théorie post-colonialiste, auteur d’une œuvre abondante couronnée par de nombreux Prix internationaux, très engagé « politiquement » et tenu jusqu’à sa mort pour « la voix de la Palestine en exil », est connu des sceptiques pour s’être rêvé une naissance et une petite enfance à Jérusalem… Ce « lieu de naissance », mentionné dans plusieurs interviews (mais pas dans son autobiographie, Out of Place, Vintage Books, 1999), et dans quasiment tous les articles et notices qui lui sont consacrés, relèverait plus de la fantaisie que d’une réalité attestable, selon Justus R. Weiner, qui a mené une longue enquête sur le sujet… Cf. Justus R. Weiner « ‘My Beautiful Old House' and Other Fabrications by Edward Said », COMMENTARY Magazine (Septembre 1999) et « THE FALSE PROPHET OF PALESTINE: IN THE WAKE OF THE EDWARD SAID REVELATIONS », Jerusalem Center for Public Affairs, 16 janvier 2000, http://www.jcpa.org/


[8] « El-Funoun Palestinian Popular Dance Troupe, fondée en 1979 par un petit nombre d'artistes enthousiastes, doués et impliqués… est largement reconnue comme l’entité culturelle qui a joué le rôle le plus significatif dans la revitalisation et la rénovation de la danse folklorique et de la musique palestiniennes. Cet accomplissement est particulièrement important, puisqu'il a efficacement contrecarré les tentatives systématiques de l’occupation israélienne de supprimer l'identité nationale palestinienne en interdisant ou en expropriant toutes les formes d'expression culturelle palestinienne… », Site officiel d’El-Funoun, www.el-funoun.org

[9] Naomi Ragen, « Who is Omar Barghouti... », article cité.

[10] Cf. L’interview d’Emmanuel Navon, Professeur de sciences politiques à l’université Bar Ilan (Ramat-Gan, Israël), par Nathalie Amar sur RFI, le 4 mai 2009, qu’on peut entendre à l’adresse suivante :

http://www.rfi.fr/player/popUpMultimedia/popUpMultimedia_R.aspx?rubrique=radiofr&URL=http://telechargement.rfi.fr.edgesuite.net/rfi/francais/audio/modules/actu/R113/emmanuel_navon_invite_13h15_20090504&UID=1_156_202069&s=54309&s2=23&xtpage=RechercheBeta&xt_multc=%26x1%3D1%26x2%3D1%26x3%3D%26x4%3D%26x5%3D

11] OMAR BARGHOUTI, « The Essential Obstacle to a Just Peace in Palestine », Counterpunch, 13 / 14 décembre 2003.

[12] Id.

[13] Naomi Ragen, « Who is Omar Barghouti... », article cité.

[14] Cf. Roz Rothstein and Roberta Seid, « Terror Comes to Georgetown », Front Page Magazine, 22 février 2006, et Lee Kaplan, « The Divestment Conference at Georgetown », Front Page Magazine, 17 Mars 2006.

[15] « Omar Barghouti: “Do as I say, not as I do” », Engage, 25 avril 2009, engageonline.wordpress.com

Sur le site de l’organisation militante que M. Omar Barghouti a fondée, on peut lire ceci : « PACBI a toujours fait une distinction entre les formes et l’envergure du boycott de l’Académie qu'elle invite le monde à adopter et ce que les Palestiniens eux-mêmes peuvent mettre en application. Celui-là a l’obligation morale de boycotter les universités israéliennes afin de les mettre face de leur complicité honteuse, et à facettes multiples, dans la perpétuation de l’occupation et de la politique raciste de l'Etat; ceux-ci n’ont souvent pas d’autre qu’utiliser les services de l'Etat oppresseur auquel ils payent des impôts…

PACBI n'a jamais invité les citoyens palestiniens (!) de l'Etat d’Israël et ceux qui sont obligés d’avoir des documents d'identification israéliens, comme les résidents palestiniens de Jérusalem occupée (!!), de s'abstenir d'étudier ou d’enseigner dans ces établissements israéliens. C'aurait été une position absurde, étant donné le manque complet de solutions de rechange disponibles. Les différents gouvernements israéliens qui se sont succédés, désireux de supprimer l'identité nationale palestinienne avec leur volonté de maintenir le caractère raciste de l’Etat d’Israël, ont fait tous les efforts possibles pour empêcher l'ouverture d'une université palestinienne (!!!!) à l'intérieur (!!!!!) d’Israël… » PACBI Statement on the McCarthyist Campaign..., article cité.

[16] PACBI Statement on the McCarthyist Campaign..., article cité.


Illustrations :


- Moshe's Falafel, New York (avril 2009) © copyright Serge Kolpa.

- 8 mai à Mélisey (Yonne) © copyright Patrick Jelin.

- La jetée ©copyright Odile Vilmer.

- Hugh ! © copyright Alain Bellaïche.



Go figure ! © Copyright Richard Zrehen 2009.

3 commentaires:

Ateliers a dit…

Richard, je ne comprend pas les guillemets dans cette phrase situiée au début de ton billet :

le célèbre orientaliste américain, protestant, d’origine « palestinienne » Edward Said[7

Je lis donc la note 7 et je constate que les guillemets n'y sont point commentées, développées, etc. Said est né sur un territoire appelée à cette époque Palestine, dixit ce que l'on trouve sur les pièces de monnaies frappées par le gouvernement britannique chargé dudit territoire. Je peux te montrer quelques beaux spécimens. Tu y verras des légendes en anglais, en hébreu et en arabe. Alors pourquoi ces guillemets ? Si j'étais né en 1913 dans le Frioul autrichien, je serai né en Autriche-Hongrie, sans guillemets. Celà dit, ce Barghouti, quel emmerdeur.

Richard a dit…

Les guillemets entourant “palestinienne” indiquent que cette origine est sujette à caution dans le cas d’Edward Said ; qu’elle est au mieux métaphorique. D’après J. Weiner (dûment cité), repris par de nombreux journalistes et essayistes (dont Daniel Johnson du Daily Telegraph, Jeff Jacoby dans le Boston Globe, Dan Kennedy dans le Boston Phoenix, Premen Addy dans The Hindu, Charles Krauthammer dans le Time, Mark Berley dans le New York Post, Neil Seeman le National Post (canadien), Hillel Halkin dans The Forward, et David Horowitz à salon.com), E. Said ne serait pas né à Jérusalem, où ses parents, qui y avaient vécu 10 avant sa naissance ne possédaient pas de maison, mais au Caire où la famille s’était installée depuis. De même, c’est au Caire qu’il aurait été élevé, et pas ailleurs, jusqu’à son départ pour les Etats-Unis (son père était citoyen américain) afin d’y poursuivre ses études, ce qui n’exclut évidemment pas qu’il ait pu rendre visite de temps en temps à des parents résidant à Jérusalem, etc. D’ailleurs, l’autobiographie d’Edward Said, parue après la publication de l’enquête de J. Weiner, est plutôt évasive sur le sujet
– L’article de référence, THE FALSE PROPHET OF PALESTINE: IN THE WAKE OF THE EDWARD SAID REVELATIONS, se trouve à l’adresse suivante : http://www.jcpa.org/jl/vp422.htm
Pour ce qui est de la désignation elle-même, ce sont les Juifs de là-bas qu’on appelait « Palestiniens » à l époque, mention portée sur le premier passeport de mon défunt père, né à Caïffa (‘Haifa) en 1921, pas les autres populations qui se revendiquaient alors plutôt de la Syrie.
Enfin, M. Omar Barghouti ne me semble pas tant une nuisance, après tout il utilise les possibilités institutionnelles qui lui sont offertes par un Etat souverain, qu’un exemple d’homme en pleine « contradictions antagoniques », comme disaient les maoïstes de ma jeunesse.

RZ

Philosémite a dit…

Campaign for Academic Boycott Supports Barghouti’s right to Study at TAU

May 5, 2009 — David Hirsh
BRICUP and PACBI, the organizations which campaign for a boycott of Israeli “apartheid” universities, are supporting the decision of a leading supporter of the boycott Israel campaign, Omar Barghouti, not to boycott Tel Aviv University. Barghouti is registered there to study for a PhD. Good for them. And good for him.

More on Barghouti’s decision to break the boycott of Israeli academia here.


http://engageonline.wordpress.com/2009/05/05/campaign-for-academic-boycott-supports-barghoutis-right-to-study-at-tau/

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Dans les commentaires:
Tel Aviv University

OFFICE OF THE PRESIDENT

May 3, 2009

Dear Governors and Friends,

I am writing to you to clarify the University’s standing on the recent debate regarding Omar Barghouti, a Tel Aviv University master’s student of philosophy.

Mr. Barghouti is leading an international campaign to boycott Israeli universities, despite being a student at one of those universities.

A university campus should be a place that encourages and tolerates free speech, no matter how offensive the expressed opinions may be to the majority of students and faculty at that institution, or indeed to the public at large.

Our university has adopted a similar policy also in previous occasions. Moreover, if legal issues are involved, a university does not have the authority to prosecute individuals. Rather, such a matter should be pursued by the State through legal channels.

In response, therefore, to the petition calling for the expulsion of Mr. Barghouti that will be submitted to us in the near future, the University cannot and will not expel this student based on his political views or actions. He will be assessed only on the basis of his academic achievements and excellence.

I thank you for your time, and look forward to seeing many of you in May at the annual Board of Governors meeting.

Yours faithfully,

Prof. Zvi Galil

TEL AVIV UNIVERSITY, RAMT AVIV, TEL AVIV 69978, ISRAEL; TEL. 972-3-6408348, FAX. 972-3-6422379