dimanche 13 avril 2008

Lueurs…






Dans The Yemen Times (10/13 avril 2008), Hamed Thabet rapporte que Nojoud Muhammed Nasser, 8 ans, s’est présentée seule devant la Cour de Sana’a le 2 avril 2008, pour obtenir qu’un juge engage des poursuites contre son père, Muhammed Nasser, qui l’avait forcée, il y a 2 mois, à épouser Faez Ali Thamer, 30 ans.
La fillette a également demandé le divorce, accusant son mari de mauvais traitement et sévices sexuels.
Selon la loi yéménite, Nojoud Muhammed Nasser n’est pas d’âge à engager une action judiciaire. Néanmoins, un juge, M. Muhammed Al-Qathi, a accepté de l’entendre et a fait procéder à l’arrestation du père et du mari.

Extrait de ses déclarations au Yemen Times :

« Mon père m’a battue et m’a dit que je devais épouser cet homme, et que si je ne le faisais pas, je serais violée et aucune loi, aucun sheikh... ne m’aiderait. J’ai refusé, mais je n’ai pas pu empêcher le mariage… J’ai supplié... ma mère et ma tante pour qu’elles m’aident à obtenir le divorce… Elles m’ont répondu qu’elles ne pouvaient rien faire… [et m’ont dit :] si tu veux, tu peux toujours aller au tribunal… Et c’est ce que j’ai fait… »

Et encore :

« [Mon mari] me faisait des vilaines choses, et je ne savais pas ce qu’était un mariage. J’avais beau courir d’une pièce à une autre pour lui échapper, il finissait toujours par m’attraper. Il me battait et recommençait à me faire ce qu’il voulait. Je pleurais beaucoup mais personne ne m’écoutait…
Chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me battait et m’entraînait dans la chambre à coucher. Ca a duré 2 mois…
Un jour, je me suis enfuie et je suis venue au tribunal… »


L’oncle de la fillette, qui refuse de donner son nom, lui tient lieu de tuteur. Selon lui, Muhammed Nasser, peu après avoir perdu son emploi – il conduisait une benne à ordures à Hajjah, à l’est de Sana’a – est devenu un mendiant et a commencé à souffrir de désordre psychique.
Le mari, Faez Ali Thamer, aujourd’hui en prison, reconnaît avoir été « intime » avec elle, mais estime n’avoir rien fait de mal. « C’est ma femme et j’ai le droit [d’agir comme je l’ai fait] et personne ne peut m’arrêter… Mais si le juge… insiste pour que je divorce, je le ferai. C’est OK. »
Jusqu’ici, aucune accusation n’a été portée contre le père, qui a été relâché pour raisons de santé, ni contre le mari de Nojoud Nasser, qui restera en prison jusqu’à la fin de l’enquête…




Mme Shatha Ali Nasser, qui siège à la Cour suprême du Yemen et suit cette affaire, précise : « L’article 15 du Code civil yéménite dit bien “qu’aucun garçon ou fille ne peut être marié avant l’âge de 15 ans", mais cet article a été amendé en 1998 : les parents peuvent passer un contrat de mariage entre leurs enfants même s’ils n’ont pas 15 ans. Cependant, le mari ne peut avoir de relations intimes avec la femme tant qu’elle n’est pas prête ou mure… »
Mme Shatha Ali Nasser ajoute que le cas de Nojoud Nasser n’est pas le premier de son genre au Yemen, mais que c’est la première fois qu’une fillette va seule devant un tribunal pour demander le divorce.

« Nous n’envisageons pas de la renvoyer dans sa famille. Qui sait ? La chose pourrait se reproduire dans quelques années… Nous projetons de la confier à Dar Al-Rahama [ONG qui s’occupe d’enfants], qui lui rendra la vie meilleure et pourra lui donner une instruction… Nous ne voulons pas que sa famille paie pour elle, ce sont des gens pauvres… »
***

Sources :

Hamed Thabet, « For the first time in Yemen , 8-year-old girl asks for divorce in court », The Yemen Times, Issue: (1145), Volume 18, 10/13 avril 2008.

Illustrations : copyright Alain Bellaïche.

1 commentaire:

M-T Chedeville a dit…

merci de nous faire part de toutes ces informations qui nous éclairent sur un monde oh combien différent. Je viens de voir cette même information reprise aujourd'hui au journal TV de 20 heures. Bravo pour cette pertinence, je reviendrai.